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Enquête Santé: le cannabis sans le plaisir

Posted on: 15 juillet 2009

On a inventé le café sans caféine, la bière sans alcool et la cigarette sans fumée. Que va-t-on inventer demain? Le cannabis sans plaisir. GW Pharmaceuticals, une société britannique, vient de demander l’autorisation de l’Union européenne (UE) pour commercialiser Sativex, un «produit pharmaceutique cannabinoïde» .«Quoi!?» Déconcerté(e), vous froncez les sourcils devant votre écran en vous disant que c’est un moyen détourné de légaliser le hasch?

Pas du tout, répond la société pharmaceutique: «Sativex est un produit pharmaceutique cannabinoïde standardisé au niveau de sa composition, de son mode de préparation et de sa dose, administré au moyen d’un système adéquat qui est et continue d’être testé dans des études précliniques et cliniques contrôlées. L’herbe de cannabis brute sous quelque forme que ce soit – y compris un extrait brut ou une teinture – est tout à fait différente de ce produit.»

Voilà. Sativex, ce n’est pas de l’herbe. C’est un produit dérivé soigneusement raffiné: «Quand les plantes arrivent à maturité, on les récolte et on les fait sécher. GW en extrait ensuite les cannabinoïdes ainsi que d’autres composants actifs au niveau pharmacologique (…) [pour] arriver à une matière pharmaceutique.» Ensuite, les patients sont censés contrôler leurs prises pour séparer les effets approuvés de la marijuana – le soulagement des douleurs et des spasmes – des effets non approuvés.

«Grâce à un titrage (détermination du dosage) qu’ils effectuent eux-mêmes, la plupart des patients sont capables de déterminer le seuil nécessaire au soulagement des symptômes et celui de l’état d’exaltation, le «créneau thérapeutique», et peuvent ainsi soulager leurs symptômes sans être «stone».»

Là, vous hallucinez. L’entreprise sait exactement ce que vous vous dites. «Pourquoi ne laisse-t-on pas simplement les patients fumer du cannabis?»

Selon GW, «fumer n’est pas un moyen acceptable d’administrer un médicament. Nous pensons que les patients veulent prendre un médicament qui leur est prescrit en toute légalité, qui n’implique pas de fumer, dont la qualité est garantie, qui a été développé et approuvé par des autorités de contrôle pour un usage adapté à leur problème de santé particulier et qui soit en vente dans les pharmacies sur ordonnance de leur médecin traitant.»

C’est une approche qui se tient. Quand on considère l’usage médicinal, par opposition à l’usage récréatif, c’est assurément bien plus raisonnable que de laisser chacun cultiver et fumer de l’herbe , avec touts les risques que cela peut comporter, notamment le fait de se livrer à des activités interdites ou de ressentir des effets secondaires. Mais la doctrine anti-hasch de GW va plus loin:
«GW n’a jamais cautionné ou soutenu l’idée de distribuer ou de légaliser de l’herbe de cannabis brute à des fins médicales. Dans nos publications et nos présentations, nous avons systématiquement affirmé que seuls des médicaments à base de cannabinoïdes – standardisés au niveau de leur composition, de leur mode de préparation et de leur dose, administrés au moyen d’un système adéquat qui est et continue d’être testé dans des études précliniques et cliniques contrôlées – peuvent satisfaire les critères des autorités de contrôle du monde entier, y compris ceux de la Food and Drug Administration [organisme chargé de contrôler les médicaments et leur commercialisation aux Etats-Unis].»

Et ne songez même pas à faire un casse pour voler les matières premières: «Les plants de cannabis de GW sont cultivés sous contrôle informatique dans des serres secrètes situées en Grande Bretagne. (…) Le site se trouve dans le sud de l’Angleterre, mais pour des raisons évidentes de sécurité, nous ne pouvons pas révéler l’endroit exact.»

Même dans vos rêves les plus fous, aviez-vous déjà imaginé qu’une drogue récréative puisse – si minutieusement et avec tant de componction – être stérilisée? Eh bien c’est fait. Il y a d’abord eu le Cesamet (un cannabinoïde de synthèse), puis le Marinol (également synthétique). Un seul effet secondaire est resté! Le Cesamet produit «une certaine euphorie dans les dosages recommandés» et le Marinol «facilite le rire et [procure une certaine] allégresse. Mais tout cela est interdit. Si bien que l’objectif de «distinguer le seuil nécessaire au soulagement des symptômes de celui de l’état d’exaltation» est toujours de rigueur. Selon GW, l’administration de Sativex sous forme de spray «permet aux patients de réaliser un titrage (un dosage) pour soulager leurs symptômes sans provoquer un degré inacceptable d’effets secondaires.»

Tout cela fait ressortir la question de base de Human Nature au sujet de la guerre à la drogue. Notamment: qu’entend-on par «drogues»? La guerre à la cigarette ou à la nicotine? On fait la guerre à la bière caféinée, mais pas à la bière alcoolisée? On légalise les «médicaments à base de cannabinoïdes», mais pas le cannabis?

Les drogues peuvent être et sont réinventées tous les jours. La nicotine et la cafféine apparaissent sous de nouvelles formes. Au départ, le cannabis était une herbe, on le trouve maintenant sous forme de poudre, de gélule et, depuis récemment, sous forme de spray, avec certaines modifications chimiques lors de sa transformation. Ll’organisation Marijuana Policy Project soutient même que la formule spray est déjà éclipsée par un meilleur mode de filtrage et de fourniture des vertus thérapeutiques de cette drogue: la vapeur. Comment combattre un ennemi qui ne cesse de changer? Comment savoir s’il cesse d’être notre ennemi?

Chaque prouesse technologique, chaque réinvention remet en cause nos idées sur les aspects moral et légal de la marijuana. Dans le cas de Sativex, deux positions sont attaquées: la tolérance paresseuse du cannabis récréatif dont fait preuve la gauche, sous couvert de légaliser la marijuana pour un usage médical, et l’opposition de la droite au cannabis médical, car elle juge que ce n’est qu’un prétexte. En raffinant, en isolant et en standardisant les effets médicinaux de l’herbe, les sociétés pharmaceutiques nous montrent comment bien faire la différence entre les deux usages. Cherchez-vous à soulager vos symptômes ou à être défoncé(e)? Cette question était floue avant. Maintenant elle est concrète: voulez-vous un joint ou un spray?

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3 Réponses to "Enquête Santé: le cannabis sans le plaisir"

Cool. Vous nous dirrez quand c’est disponible au Maroc?

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